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Enfants à la rue à Bruxelles : le DGDE et le KRC alertent sur une situation qui se dégrade

Des enfants dorment aujourd’hui dehors à Bruxelles. Le Délégué général aux droits de l’enfant et le Kinderrechtencommissariaat alertent sur une saturation des dispositifs d’hébergement et sur la fermeture annoncée de 285 places au 31 mars, qui risque d’aggraver encore la situation. Ils appellent à des mesures immédiates pour garantir qu’aucun enfant ne passe la nuit à la rue.

Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE) et le Kinderrechtencommissariaat (KRC) tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme : des enfants passent la nuit sans mise à l’abri à Bruxelles, au sein de familles en situation de grande précarité. Cette réalité est inacceptable au regard des droits fondamentaux de l’enfant. Aucun enfant ne devrait dormir dehors, quelles que soient la situation administrative de sa famille ou les politiques publiques en vigueur. 

Des constats confirmés par les acteurs de terrain

Le phénomène du sans-chez-soirisme touche une population bien plus large que ce que l’espace public laisse voir. Le dernier dénombrement (2024) faisait déjà état de 9.777 personnes en situation de sans-chez-soirisme à Bruxelles, dont 1.678 mineurs

Pour objectiver l’évolution récente de la situation et mesurer la pression sur l’hébergement d’urgence, nos institutions ont consulté Bruss’help et le Samusocial, deux acteurs essentiels de coordination et d’intervention de première ligne. Leurs constats convergent : les demandes augmentent, les dispositifs saturent, et les refus s’accumulent. Le Samusocial doit refuser des familles quotidiennement et confirme que des enfants sont actuellement à la rue à Bruxelles.

Les données font état notamment :

  • d’une hausse des refus d’hébergement de familles avec enfants en 2025, avec des pics durant l’été ;

  • d’un signal particulièrement marquant : jusqu’à 100 personnes en famille refusées en une seule journée ;

  • depuis le 6 octobre, d’une moyenne de 127 personnes refusées par semaine, majoritairement des familles avec enfants, souvent des mères seules avec enfants ;

Il n’existe pas de chiffre continu et exhaustif sur le nombre de personnes « en rue ». Les refus d’hébergement constituent dès lors un indicateur clé des nuits sans mise à l’abri, tout en sachant que certaines familles en besoin ne sollicitent pas ou plus les dispositifs.

Ces éléments doivent être lus avec une réalité complémentaire : la “rue” ne se limite pas à l’espace public visible. Une partie des familles se retrouve dans des situations “hors radar” (canapés, hébergements non conventionnels, squats), avec des risques majeurs pour la sécurité, la santé et le développement des enfants.

Alerte immédiate : risque d’“effet falaise” au 31 mars avec la fermeture de 285 places “familles”

Un point d’alerte majeur impose une réaction politique rapide : 285 places d’hébergement d’urgence pour familles sont annoncées comme devant fermer au 31/03/2026, alors même que la situation est déjà critique au regard du niveau actuel de refus. 

Nous le disons sans détour : ces fermetures créeront un effet falaise.
Elles augmenteront mécaniquement les refus et placeront davantage d’enfants à la rue.

Des choix politiques aux effets concrets sur les enfants

Les facteurs identifiés convergent : politiques migratoires, violences intrafamiliales et conjugales, expulsions domiciliaires, et manque de solutions de logement adaptées. Nous le rappelons : les politiques publiques ne sont pas abstraites. Elles ont des conséquences directes sur le terrain, et ces conséquences frappent aussi — et parfois d’abord — les enfants.

Les refus d’hébergement, l’instabilité et la saturation de la « deuxième ligne » (maisons d’accueil et dispositifs plus stabilisants) compromettent la sécurité, la santé, la scolarité et le développement des enfants. Des familles restent durablement coincées dans l’urgence faute de relais et de solutions adaptées.

Responsabilité collective : agir à tous les niveaux de pouvoir

Nous rappelons aux autorités belges que la Belgique a signé la Déclaration de Lisbonne en juin 2021. La Belgique s'est ainsi engagée à mettre fin au sans-abrisme d'ici 2030. Les objectifs de la déclaration sont les suivants :

  1. Personne ne dort dans la rue faute d'hébergement d'urgence accessible, sûr et adapté.

  2. Personne ne doit rester dans un logement d'urgence ou temporaire plus longtemps que nécessaire pour réussir sa transition vers un logement permanent.

  3. Personne ne doit être expulsé d'un établissement (par exemple, une prison, un hôpital, un établissement de soins) sans se voir proposer un logement adapté.

  4. Les expulsions doivent être évitées dans la mesure du possible et personne ne doit être expulsé sans aide pour trouver une solution de logement appropriée, si nécessaire.

  5. Personne ne doit être victime de discrimination en raison de son statut de sans-abri.

Nous appelons à une mobilisation coordonnée du fédéral aux pouvoirs locaux, en passant par la Région, les communes et les CPAS. La protection des enfants ne peut pas être renvoyée d’un niveau de pouvoir à l’autre. C’est une responsabilité partagée.

Les solutions existent et sont documentées, notamment via le Masterplan bruxellois de fin du sans-chez-soirisme et les alertes sectorielles (dont l’appel au principe de « zéro refus familles et zéro enfant en rue » porté par le Comité de l’Aide d’Urgence et de l’Insertion sociale (CU-CI) de Bruss’help).

Nous demandons des mesures immédiates et concrètes :

  • garantir qu’aucun enfant ne passe la nuit dehors ;

  • maintenir les 285 places menacées au 31 mars et renforcer les capacités adaptées aux familles ;

  • pérenniser les capacités ouvertes temporairement lorsque les besoins persistent ;

  • développer des logements de transit pour éviter la bascule vers l’urgence après une expulsion ou une fuite d’un domicile violent ;

  • financer durablement les équipes mobiles et l’accompagnement des familles hors dispositifs ;

  • renforcer l’accès aux solutions de “deuxième ligne” (l’aide spécialisée, dont l’aide à la jeunesse) pour sortir durablement les enfants de l’urgence ;

  • une planification qui évite le yo-yo permanent des dispositifs (ouvertures/fermetures), ingérable pour les équipes et destructeur pour la stabilité des enfants .

Nos institutions sont prêtes à rencontrer, sans délai, les autorités concernées pour soutenir une réponse coordonnée. Laisser des enfants sans mise à l’abri n’est pas une fatalité : c’est un choix collectif d’inaction. Nous appelons à un choix collectif inverse.

Notre message est simple : zéro enfant en rue

Zéro enfant en rue n’est ni un slogan ni une option. C’est une exigence minimale de protection et de dignité. Le Délégué général aux droits de l’enfant et le Kinderrechtencommissariaat resteront pleinement mobilisés et interpelleront les autorités concernées afin que des mesures immédiates et structurelles soient prises. 

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