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« Ce n’est pas normal, et je ne veux pas que ça se reproduise » : Aymane, 16 ans, évoque des violences policières lors du Nouvel An à Bruxelles

Aymane, 16 ans, témoigne des violences qu’il dit avoir subies lors d’une intervention policière le soir du Nouvel An à Bruxelles. Interpellé alors qu’il tirait des feux d’artifice, il décrit une intervention brutale, une garde à vue de 48 heures et des conséquences physiques et psychologiques importantes. Aujourd’hui, il prend la parole pour dénoncer des faits qu’il estime disproportionnés et pour que cela ne se reproduise pas.

Photo de kaleef Lawal

« Je m’appelle Aymane, j’ai 16 ans.

Je me présente aujourd’hui parce que j’ai été victime de violences policières la nuit du 31 décembre, vers 22h.

Le 31 décembre, vers 14h, je suis sorti en ville avec un ami. On a acheté des vêtements, on a mangé, puis je suis rentré chez moi. Vers 19h, je suis ressorti pour rejoindre cinq ou six amis. On est allés à Neder-Over-Heembeek, près de Val Maria. On voulait juste s’amuser pour le Nouvel An. On avait des feux d’artifice, des pétards, un mortier huit coups. On ne voulait faire de mal à personne, ni rien casser. On voulait juste tirer vers le ciel. 

Je n’étais pas au courant que les feux d’artifice étaient interdits à Bruxelles. Je l’ai appris seulement plus tard, en garde à vue.  Au moment des faits, j’avais le mortier en main et je visais le ciel. D’un coup, trois policiers sont arrivés sur moi. Ils ne se sont pas présentés, ils ne m’ont rien dit. Il faisait noir et ils étaient en tenue antiémeute, donc au début je n’ai même pas compris que c’était la police. J’ai cru que c’étaient des gens qui me faisaient une blague.

Un policier m’a attrapé le bras, un autre le dos, un autre m’a balayé. Je suis tombé au sol. Ils m’ont écrasé, piétiné, frappé. Ils m’ont mis les menottes. J’ai été traîné sur plusieurs mètres, notamment par les cheveux. Je criais que je n’avais rien fait, que je ne faisais de mal à personne, mais ils continuaient.

Un policier m’a donné des coups au visage. Un autre m’a piétiné les côtes. Une policière a posé son genou sur moi en m’écrasant. Elle a pris une batterie de feu d’artifice et l’a posée près de ma tête en disant : « Ça va exploser. » Un policier a pris une photo de moi au sol et m’a dit : « C’est bien, tu vas faire la une des journaux maintenant. » Un autre m’a insulté : « Avance, fils de pute. » Quand je leur ai dit que j’avais mal à la tête et que j’avais la tête qui tournait, ils m’ont répondu que j’étais un menteur.

À un moment, une policière a dit à son collègue que je leur avais tiré dessus avec mon mortier. C’était faux. Je visais le ciel. Personne n’a tiré sur eux. J’étais le seul avec un mortier en main.

Nous étions quelques jeunes sur la place, environ sept ou huit, et à part nous il n’y avait personne. Une partie du groupe a réussi à s’enfuir. Moi, je me suis fait interpeller avec un ami.

Pendant que j’étais au sol menotté, ma mère m’a appelé. Un policier a pris mon téléphone, a répondu : « On est en possession de votre fils, on vous tiendra au courant », puis il a raccroché. Ensuite, il a jeté mon téléphone par terre et l’a écrasé.

Ils m’ont plaqué contre un camion avec mon ami, nous ont fouillés en disant que s’ils trouvaient quelque chose dans nos poches, on prendrait une gifle. Puis ils nous ont fait monter dans le camion. Nous avons été transférés dans un commissariat, puis à la Rue Royale.

Je suis resté 48 heures en garde à vue. On m’a placé avec des mineurs. La cellule faisait environ trois mètres carré. Il faisait chaud, j’étais seul, face à des murs blancs. Je mangeais du pain, du fromage et une petite bouteille d’eau. Je n’ai pas pu me doucher et je suis resté avec les mêmes vêtements pendant 48 heures.

La deuxième nuit, je me suis réveillé en sueur, en angoisse. J’ai demandé à voir un médecin parce que je ne me sentais pas bien. On m’a répondu que la procédure serait trop longue. J’ai demandé à appeler ma mère. On m’a dit qu’elle avait déjà été prévenue. Plus tard, j’ai appris qu’ils avaient appelé ma mère seulement vers 5h du matin, alors que j’avais été interpellé vers 22h. Ils lui ont aussi dit que j’avais refusé de l’appeler et que j’avais vu un médecin, ce qui est faux.

Ma mère ne savait pas où j’étais. Elle a appelé plusieurs commissariats et on l’a envoyée ailleurs. On lui a même donné une mauvaise adresse. Elle était stressée et angoissée. Finalement, c’est le père de mon ami qui nous a trouvés dans un commissariat.

Quand je suis sorti au bout de 48 heures, je suis allé voir un médecin. Il a constaté un hématome sous l’œil gauche et un stress post-traumatique. Le premier jour, j’avais beaucoup plus de marques sur le visage et les bras. Quand je suis sorti, certaines traces avaient disparu. Je pense qu’on m’a gardé 48 heures pour que les marques s’effacent.

Je ne suis pas retourné à l’école pendant une semaine et demie ou deux semaines. J’étais choqué. J’avais besoin de rester chez moi et de consulter un médecin.

Aujourd’hui, quand je vois la police, je n’ai plus la même image qu’avant. Avant, je pensais qu’ils étaient là pour nous protéger. Maintenant, je ne généralise pas, mais j’ai l’impression que beaucoup ne sont pas là pour notre protection. J’ai l’impression que cette nuit-là, ils étaient là pour se défouler.

Je comprends qu’ils puissent intervenir, mais ce que j’ai subi est disproportionné. Ils auraient pu nous confisquer les feux d’artifice, nous mettre une amende ou faire de la prévention. Au lieu de ça, ils nous ont frappés et gardés 48 heures. Pour moi, c’est un abus de pouvoir.

Ma mère a déposé plainte auprès du Comité P, la police de la police. Ils ont été surpris par ce qui s’est passé et nous ont encouragés à porter plainte. La procureure aussi a été surprise en voyant les photos de mon état.

Aujourd’hui, je témoigne parce que ce qui s’est passé n’est pas normal. D’autres n’osent pas parler par peur. Moi, je prends la parole pour dénoncer les faits. Ce n’est pas normal, et je ne veux pas que ça se reproduise. »

Aymane, 16 ans

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