« Aujourd’hui, un jeune de 14 ans m’attendait devant mon cabinet.
Un jeune qui ne peut pas compter sur sa famille. Un jeune au vécu traumatique et placé en institution depuis ses premières années de vie. Mais un adolescent qui dort dans la rue depuis plusieurs jours, car il n’a plus d’institution, sa prise en charge s’est mal terminée.
Un jeune qui ne sait pas où dormir cette nuit d'hiver !
On me demande souvent si être avocate "en jeunesse" n’est pas trop difficile... Ma réponse est généralement non. Se dire qu'on fait de notre mieux et dans l'intérêt des mineurs est nécessaire pour tenir, accompagner et défendre sans s’effondrer.
Mais aujourd’hui, exercer notre métier dans de telles conditions devient compliqué.
Avec sa protutrice du Service De Protutelle et sa déléguée du SPJ, nous avons passé plusieurs heures pour lui trouver une solution. Vers 12h, nous avons appelé les structures d'accueil d'urgence.
La réponse a été la même :
« C’est complet...ou rappeler vers 19h pour voir s'il y a de la place et si oui, alors il pourra intégrer la chambre à 22h30 »
« Nous sommes saturés »
« Nous ne pouvons pas le prendre sans contact préalable avec la déléguée du spj »
Et pourtant, nous sommes en Belgique. Un pays qui ne s'offusque plus qu’un mineur de 14 ans dorme à la rue.
Ce soir, l'accueil du jeune n’a pas été trouvé dans les structures spécialisées et sécurisées de l'Etat de droit! Non, un couple de citoyen va l'héberger cette nuit uniquement. Une famille "ressource" comme on dit que le jeune connait, mais dont ce n'est assurément pas le rôle.
Et demain, il faudra recommencer les recherches: appeler à nouveau les structures d'urgences de l'aide à la jeunesse pour quémander un lit pour les prochaines nuits.
C'est le second jeune que j'accompagne en situation d'extrême urgence, dont les besoins primaires ne sont pas assurés par l'Etat belge.
Et quoi qu’on en dise, on n’en ressort pas indemne.
Ce soir, je suis scandalisée, horrifiée et triste à la fois.
Scandalisée de constater que la protection des enfants s’arrête parfois précisément au moment où elle devrait être la plus forte.
Horrifiée que des enfants de cet âge se retrouvent seuls dans la rue, non pas parce qu’on ne veut pas les aider, mais parce que le système est à bout et carencé.
Ce témoignage n’apportera pas de solution immédiate, mais se taire, c’est accepter que cela devienne normal, or, ça ne l'est pas ! »
Jancy Nounckele
Avocate au barreau de Bruxelles
Spécialiste en droit de la famille et en droit de la jeunesse
