Aller au contenu principal

Le CRIA : anticiper l’impact des décisions sur les droits de l’enfant

Avant d’adopter une loi, une réforme, un budget ou une mesure administrative, une question essentielle doit être posée : quelles seront les conséquences pour les enfants et les jeunes ? C’est précisément l’objectif du Child Rights Impact Assessment (CRIA), que l’on traduit en français par analyse d’impact sur les droits de l’enfant.

Qu’est-ce qu’un CRIA ?

Le CRIA est un outil qui permet d’examiner, de manière structurée, les effets qu’une décision publique peut avoir sur les droits, les besoins et les intérêts des enfants et des jeunes. Il peut concerner une loi, une politique publique, un budget, un programme, un service ou toute autre décision administrative. Son objectif est simple : faire en sorte que les conséquences pour les enfants soient identifiées avant que la décision ne soit prise, afin de pouvoir éviter, réduire ou corriger d’éventuels effets négatifs.

Un outil d’aide à la décision

Une étude CRIA ne remplace pas la décision politique. Elle l’éclaire. Elle permet aux responsables politiques de décider en connaissance de cause, en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant, des droits garantis par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et de la réalité vécue par les enfants concernés. 

L’ENOC (réseau européen des Défenseurs des enfants) rappelle d’ailleurs qu’un CRIA est à la fois un processus, un outil et un rapport écrit, fondé sur des éléments de preuve, dont les points de vue et expériences des enfants et des jeunes.

Lire la déclaration de l'ENOC sur le CRIA

Comment se déroule une étude CRIA ?

Concrètement, un CRIA consiste notamment à identifier la mesure envisagée, les enfants qui pourraient être concernés, les droits qui pourraient être affectés, les données disponibles, les informations manquantes, les effets possibles — positifs, neutres ou négatifs — et les solutions permettant d’éviter ou d’atténuer les conséquences défavorables. L’outil proposé par l’ENOC prévoit notamment des étapes de screening, de cadrage, de collecte de données, de participation des enfants, d’analyse de l’impact et de suivi.

Pourquoi cet outil est-il nécessaire ?

L’intérêt du CRIA est particulièrement important parce que les enfants sont rarement directement associés aux décisions publiques. Ils n’ont pas le droit de vote, disposent d’un pouvoir de représentation limité, dépendent fortement des services publics et peuvent être touchés par des décisions qui, à première vue, ne les visent pas directement. Une réforme du logement, de l'enseignement, de la mobilité, de la sécurité sociale, du numérique, de l’environnement ou du budget public peut pourtant modifier très concrètement leur quotidien.

Une recommandation portée au niveau européen

C’est pourquoi le Réseau européen des ombudsmans des enfants (ENOC) recommande aux États et aux autorités publiques de développer l’usage du CRIA et de l’intégrer dans les processus de décision. L’ENOC insiste sur le fait que cet outil ne doit pas être réservé aux politiques explicitement destinées aux enfants : il doit aussi être utilisé pour les décisions qui peuvent les affecter indirectement.

La participation des enfants et des jeunes

Un CRIA de qualité doit aussi donner une vraie place aux enfants et aux jeunes. Leur participation ne doit pas être symbolique : ils doivent recevoir une information accessible, pouvoir exprimer leur avis dans de bonnes conditions, être écoutés avec sérieux et être informés de la manière dont leur parole a été prise en compte.

La position du Délégué général aux droits de l’enfant

Pour le Délégué général aux droits de l’enfant, le CRIA est donc un outil précieux de prévention, de transparence et de responsabilité démocratique. Il permet d’éviter que les enfants soient oubliés dans des décisions qui les concernent pourtant directement ou indirectement. Il aide aussi à rendre visibles les effets parfois cachés d’une mesure publique, notamment pour les enfants les plus vulnérables.

Le Délégué général aux droits de l’enfant est favorable à une utilisation généralisée du CRIA chaque fois qu’une décision politique, budgétaire ou administrative est susceptible d’avoir un impact sur la vie des enfants et des jeunes. Anticiper ces impacts, ce n’est pas alourdir inutilement la décision publique : c’est décider mieux, plus justement, et avec une attention réelle aux droits de celles et ceux qui ont le moins de moyens de se faire entendre.

Toi aussi, tu veux partager une histoire sur ce sujet ?

Articles similaires

Communiqué de presse

CARTE BLANCHE : Les mineurs ont le droit d’exprimer leurs opinions dans l’espace public

Les événements survenus les 4 et 5 juin à Bruxelles, en marge des mobilisations contre le décret-programme relatif à l’enseignement, appellent une...

Actu

« La jeunesse rêve… de ne plus être un problème à régler » : notre Conseil des jeunes dans Bruxelles Laïque Échos

À la demande de Bruxelles Laïque Échos, le Conseil des jeunes du Délégué général aux droits de l’enfant a participé à un dossier interrogeant la...

Actu

Le Barreau de Bruxelles lance une plateforme pour les droits des jeunes

Dans une société où l’information circule en permanence, de nombreux jeunes restent encore mal informés de leurs droits. Face à des situations comme...

Actu

Protéger les enfants DANS le numérique : le Délégué général répond aux Niouzz

Cette approche repose sur une conviction simple : le numérique fait désormais partie de la vie quotidienne des enfants et des jeunes. Il ouvre des...

Communiqué de presse

La Commission de surveillance des lieux de privation de liberté des jeunes publie son rapport annuel

Basé sur des visites de terrain et des témoignages, ce rapport met en lumière des réalités concrètes et formule des recommandations pour garantir l'effectivité des droits des jeunes privés de liberté.

Actu

Myria publie une cartographie des données sur les mineurs victimes de traite et/ou de trafic d’êtres humains

Le Centre fédéral Migration (Myria) publie un rapport consacré aux mineurs victimes de traite et/ou de trafic aggravé d’êtres humains. Cette étude...

Actu

Le compte rendu intégral et la captation vidéo de la présentation de notre rapport annuel sont en ligne

Le 11 février dernier, le Délégué général aux droits de l’enfant est intervenu en commission plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles...

Actu

Appel à projets "En Avant!" 2026 – Organisez une fête des droits de l’enfant près de chez vous

Envie d’organiser une fête des droits de l’enfant en 2026 ? Depuis 15 ans, la fête des droits de l’enfant et des jeunes s’adresse à tous les enfants...

Actu

La version FAcile à Lire et à Comprendre (FALC) de notre rapport annuel est disponible !

Un rapport annuel est un document dense, qui analyse les situations rencontrées au cours de l’année, formule des constats et adresse des...

Communiqué de presse

Enfants à la rue à Bruxelles : le DGDE et le KRC alertent sur une situation qui se dégrade

Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE) et le Kinderrechtencommissariaat (KRC) tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme : des enfants passent...

Vous n’avez pas trouvé de réponse à votre question ?

Il vous manque encore une information ? Entrez votre question ou le sujet de votre recherche ci-dessous.